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Pourquoi j’écris de si mauvais articles ?

On me le dit parfois, implicitement ou franchement : mes articles sont « difficiles », « trop longs », « trop écrits ». Sous-entendu : pas assez optimisés, pas assez digestes, pas assez Google compatibles.

Nietzsche en son temps avait intitulé un des chapitres de son livre Ecce Homo : Pourquoi j’écris de si bons livres ? Je prends volontairement le contre-pied. A l’ère du référencement, du contenu optimisé et de la lisibilité algorithmique, écrire « mal » est souvent le symptôme d’un refus.

Alors autant poser la question clairement : pourquoi j’écris de si mauvais articles ?

Photo de Patrick Fore sur Unsplash
Photo de Patrick Fore sur Unsplash

Je n’écris pas pour l’algorithme de Google

Disons-le d’emblée, et tant pis si cela coûte quelques positions dans les résultats de recherche :
je n’écris pas pour plaire à l’algorithme de Google.
J’écris pour des humains, pas pour des machines.

Cela implique un choix, presque un engagement : respecter l’orthographe, la syntaxe, la construction des phrases, l’usage des temps. Refuser le charcutage linguistique sous prétexte d’accessibilité. Ne pas simplifier volontairement une pensée jusqu’à la rendre plate, inoffensive, immédiatement consommable.

Car simplifier à outrance n’est pas rendre service. C’est souvent abdiquer.

La fausse bienveillance de la simplification

On nous explique que pour être lu, il faut écrire « simple ». Très simple. Trop simple.
Des phrases courtes. Des mots pauvres. Des idées prémâchées.

Mais à partir de quand considère-t-on la simplification comme une insulte déguisée ?
À partir de quand considérer que l’autre ne peut pas suivre devient une manière élégante de le prendre pour un imbécile ?

Je respecte trop les lecteurs pour les prendre ouvertement pour des demeurés.

Leur demander un minimum d’attention, de concentration, d’effort intellectuel, ce n’est pas exclure. C’est au contraire les reconnaître comme des êtres pensants. Le reste n’est qu’une logique de rendement.

Non légor, non legar

On pourrait résumer la situation par une maxime involontairement ironique :
non legor, non legar — je ne suis pas lu, je ne serai pas lu.

À l’ère du contenu instantané, de la lecture en diagonale et du scroll compulsif, écrire autrement relève presque de la dissidence. Si l’on refuse de se plier aux codes dominants (titres racoleurs, listes numérotées, promesses creuses), on accepte de rester à la marge. Soit. La marge est parfois le seul endroit où l’on respire encore.

Médiocratie et écriture : le malentendu permanent

Alain Deneault, dans Médiocratie, évoque (pages 57–58) la critique récurrente adressée aux universitaires : une écriture jugée trop alambiquée, trop dense, trop incompréhensible.
Mais il pose une question essentielle : et si le problème n’était pas l’écriture, mais l’appauvrissement de notre tolérance à la complexité ?

Nous vivons dans un monde qui exige des idées fortes, mais formulées faiblement.
Des pensées critiques, mais immédiatement digérables.
Des textes engagés, mais sans aspérité.

Autrement dit : une pensée qui ne dérange ni l’esprit, ni le confort.

Écrire mal pour écrire vrai

Alors oui, peut-être que j’écris de « mauvais articles ».
S’ils sont mauvais parce qu’ils ne caressent pas l’algorithme dans le sens du pixel.
S’ils sont mauvais parce qu’ils refusent la langue utilitaire, la pensée allégée, le prêt-à-consommer intellectuel.

Mais s’ils sont mauvais, c’est aussi parce qu’ils prennent le risque d’être honnêtes, exigeants, parfois inconfortables.

Et dans une époque qui confond lisibilité et pauvreté, visibilité et valeur, cela me paraît être un défaut parfaitement acceptable.

Vous avez aimé cet article ? Non ? Tant mieux. L’époque mérite mieux qu’un consensus mou. Partagez le encore plus !

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