Annie Ernaux a-t-elle vraiment quelque chose à dire aux femmes ?
Il fallait s’y attendre. La littérature, ayant depuis longtemps abdiqué toute prétention à l’élévation, s’enfonce dans les profondeurs douces et gluantes du narcissisme social. Annie Ernaux fait croire qu’elle a du talent et ça c’est un talent. Scribe en chef de l’insignifiance élevée au rang d’expérience universelle, en est l’exemple le plus éclatant. Prix Nobel grâce à son combat pour la condition féminine, aujourd’hui, il est d’usage de récompenser une façon de penser plus qu’un talent. Un Nobel pour récompenser l’art délicat de tout ramener à soi, de disséquer l’anodin avec la gravité d’un prêtre officiant devant une boîte de madeleines industrielles.

Ah, l’autofiction ! Cette messe où l’écrivain, croyant percer les mystères du monde, ne fait que sonder l’abîme de son propre reflet dans le miroir d’une salle de bains mal éclairée. Ernaux s’y livre avec une application scrupuleuse, transformant chaque souvenir personnel en archétype, chaque sensation triviale en événement historique. Une épicerie normande devient un laboratoire social, un avortement se fait acte politique, une liaison banale prend les atours d’une tragédie antique. On a remplacé le souffle épique par la platitude mémorielle.
Ernaux, c’est la littérature en pantoufles, la prose en pilotage automatique, la rage politique des bien installés. Elle fait mine de dénoncer, mais ne dérange rien ; elle prétend dévoiler, mais ne révèle que l’évidence. Tout est matière à ressassement, tout est prétexte à chronique d’un malaise surinterprété. Et le lecteur, ravi d’être plongé dans ce grand bain tiède de la mémoire collective reconstituée, y nage sans résistance.
Ainsi va la littérature du progrès, radotant sur elle-même, enchaînée à sa propre suffisance. Avec Annie Ernaux, nous touchons à la perfection : la consécration d’une époque où l’individu, sacralisé dans sa médiocrité, se donne l’illusion de faire œuvre en s’observant vivre. Voilà l’horizon d’un monde qui se veut moderne : un roman sans aventure, une épopée sans héros, un chant épique remplacé par un chuchotement plaintif.
Il y a quelques temps de cela, sur leur page Instagram, France Culture posait cette question : Avec quels livres aimez-vous avoir peur ?
Voici la réponse que je laissais en commentaire :
Les livres d’Annie Ernaux pour l’imposture littéraire et idéologique et le danger civilisationnel qu’ils me semblent représenter.
Peut-être me jugerez vous trop sévère? Il n’y a là rien de personnel, seulement la fâcheuse impression que l’on nous prend un petit peu pour des pommes, nous les femmes.
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