The Wonderful Word

« La Faim du Tigre » de Barjavel : Survivre à l’absurde sans mantra ni graines de chia

Par les temps qui courent (et dieu sait qu’ils courent vite, dopés au lait d’amande bio et aux normes ESG), La Faim du Tigre, livre de René Barjavel, a tout du manuel interdit, du vieux grimoire oublié qui n’apprend pas à mieux trier les déchets, ni à se reconnecter à son « enfant intérieur », mais à regarder la mort dans les yeux et à sourire à la façon des stoïciens.

Un essai métaphysique écrit comme une prière de fin du monde

La Faim du Tigre, c’est Barjavel qui vient s’asseoir à côté de nous sur un banc, avec une cigarette qu’il n’allume pas. Il se met à regarder les passants puis le ciel, et puis qui dit :

« Tu sais, on va tous crever. »

Là où Houellebecq se contente souvent de prendre acte de l’absurde avec une certaine jouissance molle, Barjavel cherche encore un sens. Il le cherche chez les fourmis, chez les tigres, dans le sperme, dans les étoiles, dans Dieu — et finalement, ne le trouve nulle part. C’est cela qui est beau, cette lucidité désarmée, ce refus de se raccrocher à une illusion, même réconfortante.

Science, spiritualité et un peu de désespoir en 200 pages

Barjavel nous dit tout :

  • sa fascination pour l’univers,
  • sa détestation de la guerre,
  • son amour désespéré pour la vie,
  • et son intuition constante que l’homme est à la fois un être sublime et grotesque.

Barjavel ne crie pas, il murmure dans le vacarme et observe ce monde, déjà malade en 1966, où l’on avait le mot progrès à la bouche tout en fabriquant la bombe H :

“Ce n’est pas une apocalypse, c’est un suicide.”

Il nous parle de la science qui découpe le monde en petits morceaux sans jamais en comprendre l’ensemble. De la religion qui répète des dogmes usés jusqu’à la moelle pour éviter aux hommes de penser. De l’animal qui tue pour manger, et de l’homme qui tue pour s’ennuyer un peu moins.

Barjavel écrit avec la simplicité d’un conteur et la rage d’un homme qui a trop aimé l’humanité pour lui pardonner sa médiocrité.

René Barjavel écrivain de La Faim du Tigre

Barjavel, un gourou qui ne promet rien

Dans ce livre, pas de solution miracle, pas de méthode en 10 étapes pour retrouver le sens de la vie.

Juste un long et doux hurlement, presque tendre, qui nous dit :

« Tu n’es pas seul à trouver ce monde absurde. Mais regarde comme il est beau, quand même. »

Barjavel ne milite pas, ne manifeste pas. Il regarde l’homme faire semblant d’être heureux et fait le constat de l’arnaque, sans même avoir besoin d’en rajouter.

Il nous rappelle que penser, c’est aussi souffrir, et que souffrir n’est pas une anomalie du système, mais peut-être une des dernières preuves que l’on est encore un peu vivant.

Ce livre changera sûrement votre vision du Monde…

Ecrit il y a presque 60 ans, il n’a peut être jamais été plus actuel qu’aujourd’hui. Barjavel dira d’ailleurs que s’il ne devait garder qu’un seul de ses ouvrages, ce serait celui-là.

Dans 100 ans, on lira peut-être Barjavel comme on lit Pascal aujourd’hui : comme un homme qui a essayé de toutes ses forces de rester humain dans un monde déshumanisé.

La Faim du Tigre n’est pas un livre optimiste. C’est un livre honnête. Et c’est parfois tout ce qu’on peut encore demander à la littérature.

Pour aller plus loin, un article sur les bienfaits de la lecture.

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