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Dernier Service Public : La Mort

Le progrès a cette manie de s’habiller en humanisme. Le projet de loi sur la fin de vie, présenté au printemps 2025, ne déroge pas à cette règle en prétendant offrir une « aide à mourir », comme si l’on parlait d’un service à la personne, d’un acte de bienveillance technique, presque bureaucratique. Le geste final qui devient finalement une procédure.

Officiellement, il s’agit de respecter la volonté des patients atteints de maladies incurables et leur permettre de « partir dignement ». Une formule séduisante, douce comme un opiacé, et qui masque une réalité autrement plus âpre : une société vieillissante, épuisée, qui ne sait plus quoi faire de ses mourants.

Aide à mourir

Photo de Hayley Murray sur Unsplash

Dans les EHPAD, les vieux pleurent en silence, en attente d’une visite, d’une main, d’un mot. Ce qui leur est proposé désormais, c’est une date. Un calendrier. Une mort bien rangée.

La médecine, autrefois art du soin, devient logistique du départ. Le médecin généraliste, déjà débordé, deviendra bientôt planificateur de l’inéluctable. « Êtes-vous prêt à envisager l’aide à mourir ? » deviendra une case à cocher, comme on coche « antécédents familiaux » ou « tabagisme actif ».

La société a perdu toute transcendance, elle ne croit plus ni à Dieu, ni à la révolte, ni à l’amour. Il ne reste que la courbe démographique, les taux de dépendance et le budget de la Sécurité Sociale.
Alors, évidemment, il fallait trouver une solution. Et comme toujours, le progrès est tombé du ciel : administrer la mort comme on administre un vaccin.

Philippe de Villiers parle d’inversion anthropologique, et il a raison. Ce que François Bayrou s’apprête à faire, sous couvert de douce modernité, n’est ni plus ni moins que d’enterrer 25 siècles de serment d’Hippocrate. « Tu ne tueras pas » — n’était pas qu’un commandement moral, c’était le socle d’un lien millénaire entre l’homme souffrant et celui qui soigne. Le briser n’est pas seulement trahir une tradition médicale ; c’est déclarer la fin de l’humanité comme communauté solidaire du vivant.

Car dès que la main qui soigne devient la main qui tue, la confiance se fissure. La relation asymétrique entre soignant et soigné, déjà fragilisée par les logiques de rendement et d’administration, devient suspecte.
On n’entre plus dans une chambre d’hôpital avec l’espoir d’être sauvé, mais avec le doute glacé de savoir si l’on en sortira vivant.
Avec cette aide à mourir, va s’installer petit à petit une société du soupçon, une société du remords, une société du doute.

Et ce n’est plus une hypothèse. Cette loi, si elle est adoptée, fabriquera une société invivable, une société où la mort sera toujours dans l’angle mort de la discussion, où chaque regard médical pourra être interprété comme une invitation à disparaître.

Emmanuel Macron, dans un numéro de rhétorique qui frôle l’obscène, parle d’une loi de fraternité et ose affirmer que la mort serait le prolongement du soin.
Cet oxymore, ce tour de passe-passe linguistique est une filouterie sémantique.

Ce n’est pas une loi fraternelle.

Cette mise en scène compassionnelle à base de « dignité », « liberté » ou « respect de la volonté » est dangereuse. De quelle volonté parle-t-on ? Celle d’un vieillard isolé, abruti de morphine et de solitude ? Celle d’un cancéreux exsangue, épuisé, à qui on propose une « alternative » pour ne pas avoir à affronter ce qu’est vraiment la mort ?

On ne veut plus voir mourir. On ne veut plus sentir, toucher, accompagner. Alors on médicalise. On légifère. On délocalise l’agonie dans des chambres blanches avec vue sur parking.

Et bientôt, peut-être, nous applaudirons.
On créera des labels : « mort éthique », « zéro douleur garantie », « accompagnement premium ». Les mutuelles s’adapteront.

Oui, cette loi est un progrès.
Mais c’est le progrès d’une civilisation qui ne sait plus quoi faire des vivants. Un simulacre de grandeur dans un pays qui n’a plus d’autre projet que d’aménager sa propre disparition. Il semble que l’homme mérite un peu mieux.

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