Oubliez tous les ouvrages psychologiques et de développement personnel et ouvrez un roman de Balzac ! Balzac a écrit La Duchesse de Langeais en 1834. Ce roman regorge de leçons de vie et de réflexions hyper actuels ! Le livre fait partie d’un sous-ensemble de la Comédie humaine : L’Histoire des Treize, les deux autres étant Ferragus et La Fille aux yeux d’or.
Le pitch : Antoinette, la duchesse de Langeais est mariée. Elle rencontre le marquis Armand de Montriveau qui tombe éperdument amoureux d’elle. Elle en joue et va lui faire espérer un amour qui n’arrivera jamais. Blessé dans son orgueil et sa fierté, la vengeance d’Armand va emporter la duchesse dans un triste destin.

Honoré De Balzac est sans conteste l’écrivain le plus doué de sa corporation pour ce qui est de la description sociale d’une époque, ses gens, ses mœurs, ses paysages, plein d’esprit, de réflexion, de pertinence et de lucidité. Il fait partie des fins observateurs d’un 19è siècle décadent. Ses analyses pragmatiques et réalistes sont éclairantes pour comprendre le fonctionnement de la société des Hommes. Il est toujours étonnant et enthousiasmant de se plonger dans ses romans et les mettre en perspective avec notre époque! En réalité, les comportements n’ont guère changé, l’Homme est toujours animé par les mêmes vices.
Jugez-en par vous même à travers les extraits d’un de ses romans les plus connus.
J’espère qu’ils vous donneront envie de le lire!
Leçons de vie sur l’Amour.
Mais il n’y a point de petits évènements pour le cœur ; il grandit tout ; il met dans les mêmes balances les chutes d’un empire de quatorze ans et la chute d’un gant de femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l’empire.
Qui, dans sa vie, n’a pas, une fois au moins, bouleversé son chez soi, ses papiers, sa maison, fouillé sa mémoire avec impatience en cherchant un objet précieux, et ressenti l’ineffable plaisir de le trouver, après un jour ou deux consumés en recherches vaines ; après avoir espéré, désespéré de le rencontrer ; après avoir dépensé les irritations les plus vives de l’âme pour ce rien important qui causait presque une passion ? Eh bien, étendez cette espèce de rage sur cinq années ; mettez une femme, un cœur, un amour à la place de ce rien ; transportez la passion dans les plus hautes régions du sentiment ; puis supposez un homme ardent, un homme à cœur et face de lion, un de ces hommes à crinière qui imposent et communiquent à ceux qui les envisagent une respectueuse terreur ! Peut-être comprendrez-vous alors la brusque sortie du général pendant le Te Deum, au moment où le prélude d’une romance jadis écoutée avec délices par lui, sous des lambris dorés, vibra sous la nef de cette église marine.
Quel homme, en quelque rang que le sort l’ait placé, n’a pas senti dans son âme une jouissance indéfinissable en rencontrant, chez une femme qu’il choisit, même rêveusement, pour sienne, les triples perfections morales, physiques et sociales qui lui permettent de toujours voir en elle tous ses souhaits accomplis ? Si ce n’est pas une cause d’amour, cette flatteuse réunion est certes un des plus grands véhicules du sentiment. Sans la vanité, disait un profond moraliste du siècle dernier, l’amour est un convalescent. Il y a certes, pour l’homme comme pour la femme, un trésor de plaisirs dans la supériorité de la personne aimée. N’est-ce pas beaucoup, pour ne pas dire tout, de savoir que notre amour-propre ne souffrira jamais en elle.
Quand un homme vierge de cœur, et pour qui l’amour devient une religion, se promet d’obtenir les faveurs d’une femme, il ne sait pas dans quel enfer il vient de mettre le pied.
Elle fut dès lors pour lui le monde et la vie.
Les révolutions les plus rapides ne troublent que les intérêts de l’homme, tandis qu’une passion en renverse les sentiments. Or, pour ceux qui vivent plus par le sentiment que par l’intérêt, pour ceux qui ont plus d’âme et de sang que d’esprit et de lymphe, un amour réel produit un changement complet d’existence. D’un seul trait, par une seule réflexion, Armand de Montriveau effaça donc toute sa vie passée.
Aimer n’est-ce pas savoir bien plaider, mendier, attendre ?
Les hommes forts qui aiment ont tant d’enfance dans l’âme.
Ah ! vous calculez, et vous dites aimer !
L’amour dévoué, l’amour partagé ne calculait pas, ne raisonnait pas ainsi chez une femme vraie.
La duchesse et Montriveau se ressemblaient en ce point qu’ils étaient inexperts en amour. Elle en connaissait très peu la théorie, elle en ignorait la pratique, ne sentait rien et réfléchissait à tout. Il connaissait peu de pratique, ignorait la théorie, et sentait trop pour réfléchir.
Je suis au désespoir que Dieu n’ait pas inventé pour l’homme une plus noble façon de confirmer le don de son coeur que la manifestation de désirs prodigieusement vulgaires.
En amour, douter n’est-ce pas mourir ?
Il avait la foi, l’une des vertus sans laquelle il n’y a pas d’avenir chrétien, mais qui peut-être est encore plus nécessaire aux sociétés.
Les femmes de notre faubourg aiment, comme toutes les autres, se baigner dans l’amour ; mais elles veulent posséder sans être possédées.
La vie n’est que ce que nous la font les sentiments, les sentiments avaient creusé des abîmes entre ces deux personnes.
Elle n’aimait pas encore, elle avait une passion. L’amour et la passion sont deux différents états de l’âme que poète et gens du monde, philosophes et niais confondent continuellement. L’amour comporte une mutualité de sentiments, une certitude jouissances que rien n’altère, et un trop constant échange de plaisirs, une trop complète adhérence entre les coeurs pour ne pas exclure la jalousie. La possession est alors un moyen et non un but ; une infidélité fait souffrir, mais ne détache pas ; l’âme n’est ni plus ni moins ardente ou troublée, elle est incessamment heureuse ; enfin le désir étendu par un souffle divin d’un bout à l’autre sur l’immensité du temps nous le teint d’une même couleur : la vie est bleue comme l’est un ciel pur. La passion est le pressentiment de l’amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes. La passion est un espoir qui peut-être sera trompé. Passion signifie à la fois souffrance et transition ; la passion cesse quand l’espérance est morte. Hommes et femmes peuvent, sans se déshonorer, concevoir plusieurs passions ; il est si naturel de s’élancer vers le bonheur ! mais il n’est dans la vie qu’un seul amour. Toutes les discussions écrites ou verbales, faites sur les sentiments, peuvent donc être résumées en ces deux questions : Est-ce une passion ? Est-ce l’amour ?
Désormais, aie des passions ; mais de l’amour, il faut savoir le bien placer, et il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier amour d’un homme. (excipit)
Leçons de vie sur la religion.
Pourquoi refusez-vous de croire en Dieu, car il est impossible de croire aux hommes ? Vous avez l’âme trop grande pour épouser les sottises du libéralisme, qui a la prétention de tuer Dieu. […] Les libéraux ne tueront pas, malgré leur désir, le sentiment religieux. La religion sera toujours une nécessité politique. Vous chargeriez-vous de raisonner un peuple de raisonneurs ! Napoléon ne l’osait pas, il persécutait les idéologues. Pour empêcher les peuples de raisonner, il faut leur imposer des sentiments. Acceptons donc la religion catholique avec toutes ses conséquences. Il est certes plus beau de conduire le peuple par des idées morales que par des échafauds, comme au temps de la Terreur, seul moyen que votre détestable révolution ait inventé pour se faire obéir. Le prêtre, le roi, mais c’est vous, c’est moi, c’est la princesse ma voisine ; c’est en un mot tous les intérêts des honnêtes gens personnifiés.
Réflexions sur la musique.
Il faut de la poésie et de l’amour pour écouter, comprendre les grandes oeuvres musicales. La religon, l’amour et la musique forment ce que Balzac nomme la sainte Trinité humaine. Ce besoin d’expansion dont est travaillée toute âme noble. L’orgue est pour lui le plus grand, le plus audacieux, le plus magnifique de tous les instruments créé par le génie humain. Un orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, il peut tout exprimer. Un piédestal sur lequel l’âme se pose pour s’élancer dans les espaces, lorsque, dans son vol, elle essaie de tracer mille tableaux…
Leçons de vie sur la France et la politique.
Les masses ont un bon sens qu’elles ne désertent qu’au moment où les gens de mauvaise foi les passionnent. Ce bon sens repose sur des vérités d’un ordre général, vraies à Moscou, comme à Londres, vraies à Genève comme à Calcutta. Partout, lorsque vous rassemblerez des familles d’inégale fortune sur un espace donné, vous verrez se former des cercles supérieurs, des patriciens, des première, seconde et troisième sociétés. L’égalité sera peut-être un droit, mais aucune puissance humaine ne saura le convertir en fait. Il serait bien utile pour le bonheur de la France d’y populariser cette pensée. Aux masses les moins intelligentes se révèle encore les bienfaits de l’harmonie politique. L’harmonie est la poésie de l’ordre, et les peuples ont un vif besoin d’ordre.
L’architecture, la musique, la poésie, tout dans la France s’appuie, plus qu’en aucun autre pays, sur ce principe, qui d’ailleurs est écrit au fond de son clair et pur langage, et la langue sera toujours la plus infaillible formule d’une nation.
La France est le seul pays où quelque petite phrase puisse faire une grande révolution. Les masses ne s’y sont jamais révoltées que pour essayer de mettre d’accord les hommes, les choses et les principes.
La France est souvent trompée, mais comme une femme l’est, par des idées généreuses, par des sentiments chaleureux dont la portée échappe d’abord au calcul.
Si par hasard une nation fait tomber son chef à ses pieds, elle s’aperçoit tôt ou tard qu’elle s’est suicidée. Comme les nations ne veulent pas mourir, elles travaillent alors à se refaire une tête. Quand la nation n’en a plus la force, elle périt, comme ont péri Rome, Venise et tant d’autres.
Dès qu’en tout état, sous quelques formes qu’affecte le gouvernement, les patriciens manquent à leurs conditions de supériorité complète, ils deviennent sans force, et le peuple les renverse aussitôt. Le peuple veut toujours leur voir aux mains, au coeur et à la tête, la fortune, le pouvoir et l’action ; la parole, l’intelligence et la gloire. Sans cette triple puissance, tout privilège s’évanouit. Les peuples, comme les femmes, aiment la force en quiconque les gouverne, et leur amour ne va pas sans le respect ; ils n’accordent point leur obéissance à qui ne l’impose pas. Une aristocratie mésestimée est comme un roi fainéant, un mari en jupon ; elle est nulle avant de n’être rien.
Pour rester à la tête d’un pays, ne faut-il pas être toujours digne de le conduire ; en être l’âme et l’esprit, pour en faire agir les mains ? Comment mener un peuple sans avoir les puissances qui font le commandement ? Que serait le bâton des maréchaux sans la force intrinsèque du capitaine qui le tient à la main ?
Du jour où il faut prouvé à la nation la plus intelligente du monde que la noblesse restaurée organisait le pouvoir et le budget à son profit, ce jour, elle fut mortellement malade.
Leçons de vie sur les relations humaines : égo & vanité.
La plus réelle beauté, la figure la plus admirable n’est rien si elle n’est admirée : un amant, des flagorneries sont les attestations de sa puissance.
Depuis dix-huit mois, la duchesse menait cette vie creuse, exclusivement remplie par le bal, les visites faites pour le bal, par des triomphes sans objet, par des passions éphémères, nées et mortes pendant une soirée. […] Elle vivait dans une sorte de fièvre de vanité, de perpétuelle jouissance qui l’étourdissait.
Les hommes nous permettent bien de nous élever au-dessus d’eux, mais ils ne nous pardonnent jamais de ne pas descendre aussi bas qu’eux.
Tu as commis la faute dont sont plus ou moins coupables les hommes de ton énergie. Ils jugent les autres âmes d’après la leur, et ne savent pas où casse l’humanité quand ils en tendent les cordes.
Le français, plus que tout autre homme, ne conclut jamais en dessous de lui, il va du degré sur lequel il se trouve au degré supérieur ; il plaint rarement les malheureux au-dessus desquels il s’élève, il gémit toujours de voir tant d’heureux au-dessus de lui. Quoiqu’il ait beaucoup de cœur, il préfère trop souvent écouter son esprit.
En se voyant tous égaux par leur faiblesse, ils se crurent tous supérieurs.
Réflexions sur les Classes Sociales.
Si forcément on parle beaucoup dans les hautes sphères, on y pense peu. Penser est une fatigue, et les riches aiment à voir couler la vie sans grand effort. […] Aux yeux du poète, l’avantage restera aux classes inférieures qui ne manquent jamais à donner un rude cachet de poésie à leurs pensées. Cette observation fera peut-être aussi comprendre l’infertilité des salons, leur vide, leur peu de profondeur, et la répugnance que les gens supérieurs éprouvent à faire le méchant commerce d’y échanger leurs pensées.
Les indiscrétions nous ont perdues. De là vient tout le mal. Les philosophes, ces gens de rien que nous mettions dans nos salons, ont eu l’inconvenance et l’ingratitude, pour prix de nos bontés, de faire l’inventaire de nos coeurs, de nous décrier en masse, en détail, de déblatérer contre le siècle. Le peuple, qui est très mal placé pour juger quoi que ce soit, a vu le fond des choses, sans en voir la forme.
Leçons de vie sur la Relation enfants/parents.
Vos enfants, tant qu’ils seront petits, seront charmants ; mais ils vous reprocheront un jour d’avoir songé plus à vous qu’à eux. Nous savons tous cela, nous autres gentilshommes. Les enfants deviennent des hommes, et les hommes sont ingrats. […] Quand les hommes ne peuvent accuser ni leur mère, ni leur père, ils s’en prennent à Dieu de leur mauvais sort.